Invasion de Château Queyras en 1692
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Etude démographique Ristolas 1700-1790
Août 2009 à Ristolas

 

De l’importance de Château Queyras lors de l’invasion du

Dauphiné

(27 juillet 1692 - 19 septembre 1692)

Alain DESROUSSEAUX

 

 

Le contexte
 

En 1688 la Hollande, l’Angleterre, l’Espagne, le Brandebourg et l’Empire d’Allemagne contractèrent une alliance offensive contre la France. C’est la ligue d’Augsbourg.

Le 4 juin 1690 Victor Amédée jeune duc de Savoie, entre dans cette alliance, pour s’affranchir de la tutelle de la France, qui avait pied dans le Piémont grâce à la place forte de Pignerol, à courte distance de sa capitale Turin.

Catinat, lieutenant général des armées françaises d’Italie combat les armées du Duc de Savoie en 1691 et suite à ses succès le drapeau ducal ne flotte plus de la Méditerranée au lac de Genève...

Louis XIV tente de rallier à sa cause le duc mais le 28 janvier 1692 tout est rompu définitivement. Catinat prépare la défense du Dauphiné avec l’aide du brigadier aux armées du Dauphiné, De Larrey ; celui-ci fait mettre le 21 avril des tines (tonneaux), des vaches, des moutons, du foin pour les nourrir , du bois, de la viande salée, du riz, du sel,de la farine et du fromage dans Château Queyras. Il confirme De Lesche dans le commandement du château. Des espions et des barbets (2) passent les cols et se répandent dans la vallée du Guil et celle de Château Dauphin …

Le 30 mai Catinat devient commandant en chef et se place avec une partie de ses troupes à Villars-Pérouse dans la vallée du Chisone. Les troupes savoyardes et leurs alliés manoeuvrent avec les barbets. Catinat disposait de 20.000 hommes  dont une partie devait être immobilisée pour la défense de Suze, Pignerol, et des lignes de communication entre ces places et le versant nord des Alpes.

 

Le déclenchement des opérations !

Fin juin 1692 Victor Amédée quitte Turin, et porte son camp devant Pignerol. Et Catinat met ses troupes à 600 mètres des savoyards ; le Duc de Savoie complète ses forces à 45.000 hommes.

Le 20 juillet le Duc laissant 15.000 hommes devant Pignerol dirige le reste de ses troupes vers les vallées de la Varaïta et de la Stura. Pour envahir rapidement le Dauphiné et espérer un soulèvement des protestants convertis.

Le 25 juillet Catinat est averti que les ennemis sont dans la vallée de Stura et que Schomberg est dans celle de Luzerne avec l’intention d’envahir le Queyras par Mirabouc et le col Saint Julien.

 

L'invasion

Le 27 juillet l’avant-garde savoyarde passe le col de Vars ; elle est composée de réfugiés protestants qui pillent et mettent le feu ; le même jour Guillestre est occupé.

Après avoir concentré des troupes autour de cette ville, le Duc se lance vers Embrun tandis que le pillage systématique de Guillestre s’effectue. Beaucoup de dégâts (destruction de la ville, du château, arrachage des vignes…)

Les troupes de Schomberg (3) composées de 3 régiments, celui des réfugiés de Montbrun, celui du roi d’Angleterre et celui de Loche, (5.000 hommes dont 2.000 réfugiés français et 1.500 Vaudois) et de trois petites pièces de canons portées sur des brancards, débouchent de la vallée du Pellice et passent le 31 juillet le col Lacroix (qui n’était plus défendu par le fort de Mirabouc, détruit en 1690) et par le col Saint Martin. Ils sont le 1° août à Ristolas, campent le 2 août à Aiguilles et arrivent le 4 Août à Château Queyras. Cette marche lente permet à Catinat d’être prévenu. D’autre part les troupe du Duc de Savoie qui  pensaient envahir le Haut Queyras, écraser par surprise la garnison de 50 miliciens à Château Queyras, puis par les cols de Péas et de Bousson, tomber dans la vallée du Haut-Chisone en amont de Prajelas et couper les communications entre les défenseurs d’Embrun et les troupes de Catinat basées à Pignerol voient leur projet déjoué. En effet Catinat envoie vers le Mont Genèvre 11 bataillons pour aller défendre Embrun, rejoint le col de Péas, installe des troupes au col Izoard pour protéger Briançon.

Le 4 août au matin le lieutenant colonel du régiment de Montbrun accompagné d’un tambour vient sommer De Lesche, commandant les troupes de Château-Queyras de se rendre sans combat, sous menace d’y être forcé par le canon et de voir toute la garnison passée au fil de l’épée. De Lesche lui répond qu’en sa qualité de réfugié il doit connaître les français qui feront leur devoir … Il avertit Catinat et lui indique que le château est en état de défense … Il lui indique que 3  jours avant d’être obligé de se rendre il allumera un feu au dessus du château… Catinat renforce de 900 fantassins et de 2 compagnies de grenadiers la défense du col du Péas, pour pouvoir venir aider si nécessaire la garnison. Après la réponse de De Lesche les ennemis brûlent les maisons de Château Queyras, en épargnant cependant l’Eglise et les maisons situées au lieu dit " le Collet ".

Ils creusent des retranchements dans les maisons épargnées ; de là ils tirent au mousquet sur les défenseurs du fort. Les mineurs commencent les travaux d’approche du fort pour faire sauter les défenses. Compte tenu de l’élévation du fort, leur petite artillerie est inutile.

Sous un fort vent d’orage, un petit paysan de 15 ans envoyé par De Lesche va vers les maisons occupées par les assaillants et y met le feu. L’incendie activé par la tempête fait rage, détruit l’église et les maisons. Les soldats de Schomberg, aveuglés par la fumée, fuient devant le brasier et se retirent dans le plus grand désordre.

La garnison du fort, forte de 50 hommes, et assiégée par 800 hommes, fait une sortie, tue 60 soldats et fait un grand nombre de blessés dont 6 officiers. L’ennemi se retire sur Villevieille puis à Molines pour ensuite rejoindre par le col Fromage les troupes du Duc. Il avait appris la venue de Catinat avec 3.000 mousquets pour rejoindre au col de Péas ses 4000 hommes et venir dégager la garnison assiégée de Château Queyras

Catinat descend de Péas et se rend à Château Queyras où il se rend compte de l’importance de ce fort et prescrit des travaux d’urgence (entre autre la citerne qui est défectueuse et d’importance vitale). Le lendemain il va à Mont Genèvre, ramène ses 4.000 hommes de Péas et le 9 août va à Presles, Saint Martin de Queyrières, puis La Bâtie, La Roche de Rame.

Le 4 août Embrun est investi par Victor Amédée et capitule le 15 Août, mais aucun pillage n’est à déplorer. L’archevêque d’Embrun ayant titre de Prince d’Eglise, le Duc de Savoie eut des égards pour Embrun ; seules les fortifications furent démantelées, la ville et sa population furent cependant épargnées.

Victor Amédée, tenant compte du non soulèvement des protestants convertis, des victoires de Louis XIV dans les Flandres et ignorant la tactique de Catinat, traite avec De Larrey, des conditions de reddition. Les troupes françaises sortiront avec les honneurs de la guerre, emmenant avec elles un équipage de 50 mulets pour porter les bagages et pourront se retirer à Grenoble. De Larrey et quatre officiers de son choix sont autorisés à rejoindre Grenoble et après un délai de 4 jours à reprendre le combat ; les autres officiers et soldats doivent observer une trêve de six semaines pour reprendre le combat contre le Duc et ses alliés.

L’archevêque Charles Brulart de Genlis, ayant titre de prince d’Eglise et pouvant donc traiter d’égal à égal avec l’ennemi est chargé de traiter du montant de la contribution d’Embrun fixée à 40.000 écus et devant être payée à brève échéance sous peine de pillage et d’incendie de la ville …

Le 16 août De Larrey sort d’Embrun vers Chorges ; le Duc rentre dans la ville sans apparat et retourna ensuite à son quartier général de Caléyère. Le 17 les fortifications sont démantelées et lors du conseil de guerre tenu le 19 août on décide de continuer vers le cœur du Dauphiné tout en menaçant la Haute Provence.

Le 23 août les dix canons ayant formé toute l’artillerie de défense d’Embrun sont envoyés à Coni et le 27 la troupe avance vers Savines et vers Gap. Catinat, de son côté, organise la défense d’accès vers Grenoble, par le Diois, les bords du Buech et de la Croix Haute mais aussi par le Lautaret.

Anecdote amusante : arrivé dans le Champsaur, prés d’une fontaine, Catinat sans descendre de cheval, se fit donner à boire dans l’aile de son chapeau…

Le 28 août le Duc a un violent accès de fièvre après être entré à la tête de son armée dans Gap. Transporté d’urgence à Embrun le 31 août, il s’installe dans le collège des Jésuites, ne voulant pas être logé au palais épiscopal. Seul un médecin d’Embrun, le docteur Giraud, diagnostiqua une petite vérole très maligne, qui se déclare vite très violente. Il devint le médecin du Duc pendant cette période et on lui proposa de devenir son médecin officiel et donc de rejoindre la Cour à Turin. Ce qu’il refusa.

Le 29 août le prince Eugène avec une partie de la cavalerie se rend dans le Champsaur, détruisant tout sur son passage.

Le 12 septembre les troupes campées autours de Gap reçoivent l’ordre d’aller vers Embrun. Le Duc arrive à Guillestre le 18 septembre au soir et repartit le lendemain pour Barcelonnette et Coni par les cols de Vars et de Larche.

Ainsi s’achève la courte invasion du Dauphiné par notre région, grâce au génie de Catinat, et en ce qui concerne le Queyras, grâce à la résistance du Château Queyras. Elle y causa cependant beaucoup de dégâts, ayant par ailleurs été précédée par des incursions vaudoises, incitées par le Duc de Savoie … .


 

 

1 Le Prince Eugène prince d’origine française, petit neveu de Mazarin; après un court passage dans les armées françaises offrit ses services aux Habsbourg et devint un homme de guerre fameux. A 50 ans il prit sa retraite, grâce à sa fortune il fit construire plusieurs châteaux à Vienne, en Autriche, dont les Belvédères ; il avait une bibliothèque de 15.000 livres rares, aujourd’hui toujours existante.

2 Protestants des vallées vaudoises

3 Comte Ménard de Schomberg, fils du fameux maréchal tué à la bataille de Boyne, prés de Drogheda (Irlande du Sud) en 1690 lors du triomphe de Guillaume d’Orange sur Jacques II ; ce maréchal émigré français et protestant s’était mis au service de Guillaume d’Orange et à la tête de 36.000 soldats il combattit les 26.000 soldats de Jacques II (dont 7.000 envoyés par Louis XIV) ; cette bataille est toujours commémorée en Irlande du Nord …

Bibliographie

P. Thomé de Maisonneuve : " Invasion du Dauphiné en 1692" Didier et Richard – Grenoble 1929.

Tivollier - Isnel : " Le Queyras." Louis Jean - Gap 1938.

 

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