Les Vaudois et le Queyras
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Le Queyras
Etude démographique Ristolas 1700-1790
Août 2009 à Ristolas
 

La saga vaudoise

Alain DESROUSSEAUX

 

 

 

Notre région et nos voisins des vallées vaudoises ont été fortement liés , lors de la création du protestantisme et des guerres de religions. De fortes personnalités locales, des épopées glorieuses ont existé. Et - chose remarquable - une communauté vaudoise existe aujourd’hui encore à nos portes, active et reconnue.

 

 


Sur l’origine des Vaudois il y a une première interprétation.

 

C’est ainsi qu’en  1160 certains hérétiques sont nommés Vallenses ( de vallis, une vallée) parce qu’ils habitent dans une vallée de douleurs ou de larmes ou encore Valdenses ( de vallis-densa, vallée ombragée), d’une vallée sombre, parce qu’ils vivaient enveloppés de ténèbres profondes et épaisses. Or Val Saint-Martin s’appelait avant Val-Ombreuse. Cette région correspondait donc peut-être à la région italienne du Viso, pouvant prétendre à ces qualificatifs.

Les armoiries de la maison de Luserne sont symboliques ; flambeau ( Lucerna ) jetant une vive clarté au milieu des ténèbres ‘’ Lux lucet in Tenebris ‘’  ‘’la lumière luit dans les ténèbres ‘’, symbole de retour aux sources chrétiennes en un temps où il y avait eu beaucoup de déviations…

Les communautés des vallées profondes se disent issues des premiers chrétiens ayant conservé leur pureté d’origine et rejetant les excès du pouvoir (à cette époque les dignitaires sont nommés par le pouvoir et ont des responsabilité civiles et religieuses ce qui a provoqué des excès). Des écrits originaux de cette église datant de 1100, 1120 et 1126 donc antérieurs à Valdo ont été remis en 1658 à lord Morland ambassadeur anglais à la cour de Turin et déposés ensuite à la bibliothèque de Cambridge. Une autre collection se trouve aussi à la bibliothèque de Genève…

 

L’interprétation plus classique attribue l’origine des Vaudois aux disciples de Pierre Valdo (né en 1140 à Lyon) appelés dans les canons des conciles et autres documents officiels relatifs aux disciples de Pierre " les pauvres de Lyon ". Le nom de Pierre Valdo est contesté et il y aurait eu confusion avec Pierre le Vaudois car il aurait souscrit aux idées qui existaient déjà, celles de la communauté des vallées profondes (Valdenses). Ami de l’archevêque de Lyon Guichard, il se lança vers un nouvel apostolat sur les traces de Jésus-Christ, distribuant sa fortune aux indigents, plaçant ses 2 filles au couvent de Fontevrault et, dotant son épouse, il se consacra à son appel divin.

 

Comme on le voit il y a plusieurs interprétations. Cependant il est vrai que les communautés des vallées profondes avaient des prédicateurs actifs et envoyés dans toutes les directions. Celles-ci se sont développées dans notre région et le Briançonnais, particulièrement à Argentières, Freyssinière et Vallouise. A la fin du XII° siècle leur nombre était considérable.

En 1198 Otton IV en allant à Rome pour se faire couronner empereur par le pape, donna satisfaction à Jacques, évêque de Turin, en décrétant un 1° décret de persécutions contre les vaudois.

Vers la fin du XII° siècle le catharisme se développait en Languedoc ; sa dimension gnostique, l’enseignement des ‘’ Parfaits ‘’ constituaient une hérésie majeure passible d’excommunication. Aussi les prélats devinrent-ils méfiants par rapport à Valdo car le nombre de ses adeptes augmentait. Il alla à Rome, où soupçonné de sympathie cathare il fut sommé de prouver l’orthodoxie de sa démarche avec une acceptation de profession de foi en tous points semblable à celle des Evêques. Chassé de Lyon ses adeptes se répandirent vers le Languedoc, le Piémont, l’Allemagne

 

 

 

Du  XIII au XIV° siècle 

 

Cette extension des Eglises Vaudoises et du catharisme va obliger les représentants de l’Eglise et leurs princes régnant à prendre des mesures, particulièrement sous les papes d’Avignon, ce qui va provoquer un départ vers les vallées vaudoises actuelles, et l’étranger!

 

En Piémont en 1220 une ordonnance du Comte Thomas de Savoie, magistrat de Pignerol déclenche une sorte de persécutions contre les Vaudois avec interdiction à tout habitant de cette ville de donner refuge à tout Vaudois.

 

En France la religion cathare est en pleine expansion en Languedoc. Les efforts de conversions échouent. Le pape Innocent III après le meurtre de son légat Pierre de Castelnau le 15/1/1208 à Saint Gilles, alors qu’il était chargé de combattre l’hérésie dans les provinces d’Aix, Arles, Narbonne et Embrun, décide de faire la croisade contre les Albigeois en juin 1209. Les Croisés rassemblés à Lyon, prennent Béziers, Carcassonne et en septembre un concile excommunie le comte de Toulouse Raymond VII, leader des cathares. Le catharisme est vaincu en 1229 mais entre temps Saint Dominique crée l’ordre des dominicains, moines mendiants, frères prêcheurs, pour la conversion et la répression des ennemis de l’Eglise, ayant des privilèges spéciaux pour l’extermination des hérétiques ..… Ce fut les autodafés dominicains (Actes de foi auto-da-fé), puis l’Inquisition est créée avec des tribunaux itinérants jugeant sur le résultat d’enquêtes systématiques à base de délation. Dans notre région trois frères prêcheurs dominicains furent affectés. Ils étaient peu appréciés car en 1246 le pape dut demander à l’archevêque d’Embrun d’empêcher ses diocésains de les molester. Chez nous, ce rude appareil ne semble pas avoir sévèrement fonctionné. Les petits foyers vaudois étaient loin des préoccupations de Rome.

 

Avec l’arrivée des papes à Avignon ce fut différent. Ces papes avaient la hantise des Cathares et les foyers vaudois les effrayaient. Le pape enjoignit Guigues, puis Humbert II de poursuivre les hérétiques. En 1336 une expédition militaire alla à Val Pute. L’inquisiteur sévit en 1338 et 1339 avec chaque fois confiscation des biens, condamnation et mort sur le Roc d’Embrun. Sous l’archiépiscopat de Pasteur de Sarrats ( 1339-1350 ) ce fut une période d’apaisement, mais à vrai dire la peste de 1348 venue d’Orient via Marseille et Avignon occupait alors les esprits.

Les Vaudois, persécutés dans le midi de la France, se replient dans les alpes vaudoises et, la zone ne pouvant suffire ils partent fonder des colonies (Europe du Nord, Italie du Sud, Espagne). Les premières persécutions contre les vaudois du Piémont se font aux XIV et XV° siècle du fait de l’accroissement des adeptes. En 1352 le pape Clément VI charge Guillaume archevêque d’Embrun de faire disparaître l’hérésie. En 1372 Grégoire XI écrit au roi de France Charles V pour se plaindre qu’il n’y a pas assez d’aide aux inquisiteurs. En 1375 les Vaudois veulent une revanche (razzia à Suze avec mise à sac du couvent des dominicains) ;

 

L’Eglise est secouée par le " Grand Schisme " en 1378 où 2 puis 3 papes s’affrontent, puis par les " hérésies " de John Wyclif en Angleterre et de Jean Hus en Bohême.

 

Au XV° siècle

Dans ce siècle il y eut alternance entre répression et tolérance.

 

A Noël 1400, l’inquisiteur Borelli accompagné de soldats, fait des ravages à Suze, Pragela et Clusion. En 1488 c’est la croisade contre les Vaudois ; deux corps d’armées aux ordres de Albert de Capitaneis vont les combattre de France vers Vallouise, Pragela via Sezanne et du Piémont vers le val Angrogne (cœur des vallées).

En 1489,Le Prince du Piémont Charles II fait cesser cette guerre. Cependant en 1500 Marguerite de Foix, veuve du marquis de Saluces, réprime les vaudois de la Haute Vallée du Pô (Pravihelm, Biolets, Bietoné); ceux-ci se réfugient dans la vallée de Lucerne et ensuite obtiennent de leur souveraine un accord de liberté de foi, ce qui n’empêche pas une politique de dissimulation pour se protéger.

La volonté de renouveau dans l’Eglise s’exprime par Catherine de Sienne et le dominicain Savonarole à Florence (brûlé sur le bûcher en 1498).

 

 

 

Au XVI° siècle

 

C’est le grand siècle de la réforme où les vaudois rejoignent l’église réformée de Calvin, qui se développe dans le Dauphiné.

 

Luther en 1517 proclame ses 95 thèses condamnant le trafic des indulgences crée par Léon X ; celui-ci ayant besoin d’argent utilise ce procédé communément ce qui permet aux plus riches d’acheter leur salut. Luther est excommunié en 1521 mais ses idées ont été propagées par les frères franciscains ou dominicains, ou des personnalités ou prélat locaux blâmant ouvertement les abus de la papauté et essayant de réformer le clergé en s’inspirant du Concile de Trente. Calvin adhère à ses idées en 1531 et son disciple Guillaume Farel, originaire de Gap, incite les Vaudois à rejoindre les réformés lors du synode d’Angrogne en 1532 ; il y est aussi décidé d’arrêter les pratiques de dissimulation.

En 1534 l’archevêque de Turin convainc le Duc de Savoie Charles III de persécuter les Réformés. Mais quand François I° revendique en Piémont des droits pour sa mère la reine Louise sœur du duc Charles et demande le passage des troupes vers Milan, le duc cesse sa persécution contre les vaudois pour s’en faire des alliés pendant la domination française.

En 1559 par le Traité de Cateau-Cambrésis, le Piémont est rendu à son souverain sauf Turin et 3 villes fortes ; donc les vallées vaudoises sont rendues au Duc de Savoie, Victor Emmanuel Philibert successeur de Charles III, qui décrète en 1560 un édit de persécution contre les vaudois… 

 

En 1560 les calvinistes brisent images et statues à Gap, Vienne et Saint Paul Trois Châteaux. La Motte-Gondrin, lieutenant général de la province, adopte une répression brutale ce qui déclenche des insurrections. La Motte-Grondin est assassiné et ces violences marquent le début des guerres de religion en Dauphiné. Le baron des Adrets prend la tête des troupes protestantes.   

 

En 1561 une quarantaine d’Eglises protestantes existent dans le Dauphiné, dont celles de la vallée de Freyssiniéres, et du Queyras ( Aiguilles, Arvieux, Abriès, Molines, Ristolas) et le Valcluson ( Château Dauphin ). Die devient une citadelle du protestantisme. Farel intervient à Die, et réussit même à faire adjurer l’évêque de Gap, Gabriel de Clermont qui se marie…

A Grenoble entre 1561 et 1572, 20% de la population est protestante. Cependant les excès du baron d’Adret sont désavoués par Calvin et il est remplacé par Charles Dupuy-Montbrun. Celui-ci affronte les troupes du baron de Gordes. Des villes sont prises et reprises. De Gordes refuse d’appliquer la Saint Barthélemy en Dauphiné. De Montbrun est fait prisonnier prés de Crest en 1575 et décapité. Lesdiguières, originaire du Champsaur est choisi comme chef des réformés dauphinois et en 1578 à la tête de 400 hommes et de la compagnie des Bigarrés ( car d’origines diverses ) il franchit le col Agnel s’empare de Château Dauphin, nomme Jean Nel gouverneur, capitaine de la milice, secrétaire de la Châtellenie. En 1585 Embrun, lieu de lutte contre les réformés tombe, le Trésor de la cathédrale est pillé dont l’image miraculeuse du Réal. Château Queyras est pris en 1587, mais la tentative de joindre les vaudois d’Outre-monts échoue. En 1590 Grenoble est encerclé par Lesdiguières et prise.

 

Le 30 Avril 1598 l’Edit de Nantes veut ramener la paix religieuse, en rétablissant un certain équilibre entre Eglises catholiques et Protestantes. Henri IV confie à Lesdiguières la tâche de pacifier le Dauphiné. Il s’opposa au Duc de Savoie dans sa tentative d’envahir les terres dauphinoises. Mais il ne peut empêcher la cession du marquisat de Saluces au traité de Lyon de 160,1 contre la Bresse et le Bugey.

Les temples autorisés dans notre région sont : Château Dauphin, Abriés, Molines, Arvieux Guillestre, Freissinières, Briançon, et Embrun. Les lieux de culte sans pasteur autorisées sont : Chianale, Belin, Ristolas, Aiguilles, Ville-Vieille, Saint Véran, Château Queyras, Vars…

 

 

 

Au XVII° siècle

 

Après un début de siècle se voulant équitable, Louis XIV réprime les protestants d’une manière sournoise puis décrète la révocation de l’Edit de Nantes. C’est de départ forcé des protestants vers l’étranger.

 

Sous le régime de l’édit de Nantes l’implantation du protestantisme est forte, du plateau Vivarais-Lignon jusqu’à Pignerol en Piémont en passant par Freyssiniéres, le Queyras. Die devient la capitale du protestantisme dauphinois.

 

A partir de 1661 commence le règne de Louis XIV et l’étau se resserre. Des temples sont démolis, mis à sac par des bandes catholiques. Le temple d’Aiguilles fut démoli en 1685. Cette même année un mouvement de résistance à la destruction des temples s’organise. Des dragonnades violentes ont lieu et elles provoquent des conversions un peu forcées.

 

L’édit de Fontainebleau du 17 octobre 1685 révoque l’édit de Nantes. Tous les temples doivent alors être démolis. L’exercice de la Religion prétendue réformée ( RPR ) est interdit ; suppression des écoles protestantes, obligation de baptiser les enfants par le curé, interdiction de sortir du royaume. Les récalcitrants sont envoyés aux galères ou en prison.

Ceux qui en réchappent, quittent la région, ou font des assemblées clandestines ( assemblées du Désert à Trescléoux, à Dormillouse et à Pierregrosse ).

Pour de nombreux protestants cette forme de liberté ne suffit pas. Il y a de nombreux départ du Queyras par la Savoie et nombreux sont ceux morts en route ou arrêtés. C’est le départ vers Francfort, les Pays Bas l’Angleterre ou les états allemands.

 

Dans le duché de Savoie, la répression est marquée d’épisodes tragiques comme les massacres de 1655, les "Pâques piémontaises" à la grande indignation de l’Europe protestante, provoquent l’intervention de l’Angleterre de Cromwell. La dernière persécution en 1686 est suivie de nombreuses déportations. Cependant en 1689 les vaudois réfugiés en Suisse reviennent de force dans leurs vallées, guidées par leur chef Arnaud d’Embrun. C’est la "Glorieuse Rentrée".

Après le XVII° siècle

 

Le retrait des français de Pignerol, de Val Pragela isole les Alpes réformées dans leur enclave actuelle…Mais en 1848 la constitution piémontaise nouvelle supprime les restrictions géographiques qui leur étaient imposées depuis des siècles, puis en 1859 la création du Royaume d’Italie libère totalement les Vaudois qui peuvent alors se développer et redevenir missionnaires, aidés par les chrétiens des pays protestants…


 

 

 

 

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